Dans un contexte de forte pression anthropique sur la modification du climat et sur l’usage des terres, la dégradation des sols par l’érosion accélérée présente de réels enjeux pour la production alimentaire et pour le stockage du carbone des sols à l’échelle mondiale. Ces travaux de thèse proposent de quantifier l’impact long-terme des activités humaines sur l’érosion accélérée en intégrant les archives paléo-environnementales dans la modélisation de l’érosion des sols. Les approches de modélisation ont été développées sur la période Holocène à partir de reconstitutions paléo-environnementales issues de six sites lacustres (Annecy, Anterne, Bénit, Moras, Paladru et La Thuile) représentant une large gamme de contextes érosifs au sein des Alpes du Nord-Ouest, puis étendues à plus large échelle (Alpes occidentales, Europe). La quantification des dynamiques érosives sur le temps long met en évidence l’impact significatif des crises érosives transitoires sur les cumuls d’érosion Holocène. Ces périodes majeures d’accélération associées à l’intensification du défrichement au profit des activités agro-pastorales dans les Alpes depuis 2 à 4 ka montrent une réponse non-linéaire de l’érosion au-delà de seuils critiques d’ouverture du paysage en lien avec l’incision des sols sous forme de ravinements ponctuels. L’extension des méthodologies développées dans ces travaux pour la prédiction des dynamiques érosives régionales (bassin versant du lac du Bourget) sur la période Holocène ouvre également de nouvelles perspectives pour quantifier les flux de matières au sein des surfaces continentales (Europe) sur le temps long, et en particulier pour évaluer l’impact long-terme de l’érosion des sols sur les transferts latéraux de carbone.